Le Shilajit et la Recherche Scientifique sur le Cancer : un état des lieux
Le cancer reste un défi majeur de santé publique, ce qui pousse à explorer des pistes complémentaires.
Parmi elles, le shilajit — résine issue de traditions ayurvédiques — suscite un intérêt croissant en laboratoire.
Objectif : faire le point, rigoureusement et sans surpromesse, sur ce que disent les études.
À ce jour, les données sont essentiellement précliniques (in vitro / animaux). Aucune preuve clinique d’efficacité anticancéreuse chez l’humain n’est établie,
et aucune allégation thérapeutique de ce type n’est autorisée en Europe.
Important : cet article est informatif et ne remplace pas l’avis de votre équipe soignante. Ne commencez/arrêtez/jamais n’adaptez un traitement sans avis médical.
1) Qu’est-ce que le shilajit ?
1.1 Origine & composition
Substance naturelle d’apparence goudronneuse, le shilajit provient de la décomposition de matières végétales en zones montagneuses (Himalaya, etc.).
C’est un phytocomplexe organo-minéral contenant des acides fulviques et humiques, des dibenzo-α-pyrones (DBPs)
et des oligoéléments (fer, zinc, cuivre, etc.).
1.2 Usages traditionnels (Ayurveda)
En médecine ayurvédique,
il est classé parmi les rasayana (soutiens globaux) — usages visant la vitalité et le bien-être.
Ces pratiques traditionnelles ne valent pas preuve clinique en oncologie.
2) Ce que disent les études scientifiques
2.1 Recherches en laboratoire (in vitro)
Des études explorent l’effet du shilajit et/ou de ses fractions (notamment l’acide fulvique) sur des lignées tumorales :
-
Foie (lignées hépatiques) : un travail (2016) suggère apoptose et inhibition de la prolifération
dans des cellules cancéreuses hépatiques en culture.
Réf : PMC4882837.
-
Vessie (T24, 5637) : un extrait de shilajit réduit la viabilité, induit apoptose et arrêt de cycle,
avec sélectivité vis-à-vis de cellules urotéliales normales — les auteurs évoquent un potentiel intérêt chimiothérapeutique (à confirmer).
Réf : PMID 34799663 (Scientific Reports 2021).
-
Sein (MCF-7) & poumon (A549) : cytotoxicité dose-dépendante rapportée in vitro pour un shilajit natif (Iran)
(IC50 ≈ 0,73 mg/mL et 1,10 mg/mL).
Réf : Pak J Pharm Sci 2019.
-
Ovaire (SK-OV-3, OVCAR3) : l’acide fulvique freine prolifération, migration et invasion via up-régulation de CYP1A1.
Réf : Discover Oncology 2025.
Lecture critique : des effets sur cellules en culture n’impliquent pas une efficacité chez l’humain. Les concentrations et conditions expérimentales diffèrent fortement de la physiologie.
2.2 Études sur modèles animaux
-
Radioprotection ovarienne (rat) : étude de prévention d’apoptose radio-induite des ovaires (signal protecteur tissulaire).
Réf : PMID 26530234.
-
Ostéosarcome (rat) + chimiothérapie : co-administration de shilajit associée à une atténuation de marqueurs hépato-rénaux liés à la métastase
(signal toxicologique et adjuvant, pas d’efficacité clinique).
Réf : PMID 35957703.
-
NSCLC (souris) : des acides fulviques « naturels » inhibent la croissance tumorale via l’axe COX-2 / PGE2 / EP4.
Réf : Heliyon 2023.
Transposabilité limitée : extraits hétérogènes (qualité/composition), modèles animaux spécifiques ; ces signaux ne suffisent pas à conclure chez l’humain.
2.3 Données chez l’humain & épidémiologie
À ce jour, pas d’essais cliniques robustes montrant un bénéfice anticancéreux du shilajit chez l’humain.
Certaines publications évoquent l’intérêt des substances chélatrices (p. ex. acides fulviques) vis-à-vis de métaux lourds,
mais les liens directs avec la prévention du cancer chez l’Homme restent à démontrer.
3) Mécanismes biologiques étudiés
3.1 Potentiel antioxydant (équilibre redox)
Les acides fulviques et humiques interagissent avec des espèces réactives de l’oxygène ; l’axe « stress oxydatif » est donc étudié,
notamment en cancérologie. Ces pistes restent à confirmer dans des conditions cliniques.
3.2 Modulation immunitaire
Des marqueurs immunitaires ont été évalués in vitro et chez l’animal. À ce stade, aucune conclusion sur un effet direct
chez l’humain en prévention/traitement du cancer.
3.3 Voies moléculaires candidates
-
COX-2 / PGE2 / EP4 (acides fulviques, modèle NSCLC murin).
-
CYP1A1 (acide fulvique, ovaires : prolifération/migration/invasion in vitro).
-
Apoptose / cycle cellulaire (foie, vessie, sein/poumon in vitro selon les extraits).
4) Sécurité, qualité & précautions
4.1 Qualité & pureté
Le shilajit doit être purifié et tracé : exiger un COA de lot (métaux lourds : Pb, Cd, Hg, As ; solvants ; mycotoxines ; pesticides ; microbiologie)
et une standardisation (fractions humiques, DBPs).
Exemple interne : certificat d’analyse Shamballa.
Des enquêtes indépendantes ont montré qu’environ 20 % de certains produits ayurvédiques pouvaient contenir des métaux lourds :
d’où l’exigence de tests tiers et le respect du Règlement (UE) 2023/915 (niveaux maximaux de contaminants).
4.2 Interactions potentielles
Des interactions théoriques sont plausibles (enzymes/transporteurs). En cancérologie, coordination impérative avec l’oncologue :
timing avec chimio/radiothérapie, posologies, arrêt pré-opératoire, etc.
Certaines sources mentionnent une prudence avec anticoagulants ; avis médical requis.
5) Perspectives d’utilisation & limites actuelles
5.1 Approche complémentaire (hygiène de vie globale)
Le shilajit peut s’envisager comme complément nutritionnel de qualité, dans une hygiène de vie soignée (alimentation, activité, sommeil).
Aucune preuve scientifique ne permet de le recommander pour prévenir ou traiter un cancer.
5.2 Besoin de recherches supplémentaires
Le champ est préclinique : des essais cliniques rigoureux chez l’humain sont nécessaires pour évaluer efficacité, sécurité à long terme,
indications, interactions et populations spécifiques.
Conclusion
Le shilajit — phytocomplexe riche (acides fulviques/humiques, DBPs, minéraux) — montre des signaux anticancéreux en laboratoire (in vitro)
et quelques résultats chez l’animal (p. ex. axe COX-2/PGE2/EP4).
À ce jour, aucune démonstration clinique chez l’humain.
Une utilisation responsable impose : qualité analytique irréprochable (COA), zéro allégation thérapeutique,
et coordination avec l’équipe soignante en cas de pathologie/traitement.
FAQ — Shilajit & cancer
Non. Les données disponibles sont précliniques (cellules/animaux). Aucune preuve clinique d’efficacité anticancéreuse n’est publiée ni approuvée en Europe.
Des modèles animaux suggèrent des signaux d’adjuvance/toxicoprotection, mais cela ne s’applique pas à l’humain sans essais cliniques. Parlez-en à l’oncologue (interactions, timing).
Un COA de lot (métaux lourds, solvants, mycotoxines, pesticides, microbiologie) et une standardisation (humiques/DBPs). Refuser tout produit non testé par un laboratoire tiers.
Non en cancérologie. Les publications favorables concernent surtout des proxies (fatigue, récupération) dans d’autres contextes ; cela ne vaut pas preuve anticancéreuse.
Références (sélection)
Référence |
Détail |
URL |
Résumé |
Apoptose / foie (in vitro) |
PMC4882837 (2016) |
PMC |
Apoptose + inhibition de prolifération sur cellules hépatiques tumorales en culture. |
Vessie (in vitro) |
Scientific Reports 2021; PMID 34799663 |
PubMed |
Cytotoxicité, apoptose et arrêt de cycle ; sélectivité vs cellules normales. |
Sein/poumon (in vitro) |
Pak J Pharm Sci 2019 |
PDF |
IC50 ~0,73 (MCF-7) / 1,10 mg/mL (A549). |
Ovaire (in vitro) |
Discover Oncology 2025 |
Article |
Acide fulvique : baisse prolifération/migration/invasion via CYP1A1. |
NSCLC (souris) |
Heliyon 2023 |
PDF |
Acides fulviques : inhibition tumorale via COX-2 / PGE2 / EP4. |
Radioprotection ovarienne (rat) |
PMID 26530234 |
PubMed |
Signal de protection tissulaire face aux radiations (modèle animal). |
Ostéosarcome + chimio (rat) |
PMID 35957703 |
PubMed |
Atténuation hépato-rénale en co-administration ; pas de données humaines. |
DAPs : bénéfices/risques |
Int J Mol Sci 2021;22(23):13063 |
MDPI |
Panorama des dibenzo-α-pyrones (urolithines vs alternariol : enjeux toxicologiques). |
Cadre contaminants UE |
Règlement (UE) 2023/915 |
EUR-Lex |
Niveaux maximaux de contaminants (dont métaux lourds) dans les denrées. |
Avertissement
Les informations présentées ont un but éducatif. Elles ne constituent pas un avis médical, un diagnostic ni un traitement.
Avant d’utiliser un complément ou de modifier votre hygiène de vie, veuillez consulter un professionnel de santé.
En contexte de cancer : coordination indispensable avec l’équipe soignante.